12 Janvier 2017
Vu dans la presse :
Quand on le rencontre, on n’imagine pas immédiatement que l’homme devant nos yeux a bouclé plusieurs fois le tour de la terre, uniquement à l’aide de ses jambes. À 71 ans, il vient d’en finir avec son 90e marathon et à Athènes… Tout un symbole. Lucien Chakabe fait partie de ceux-là, de ces extraterrestres anonymes qui ont dévoué leur vie à la course à pied.
Le sport et Lucien Chakabe, ça ne date pas vraiment d’aujourd’hui : « Gamin, je faisais déjà 6 km tous les jours pour aller à l’école », souffle-t-il sur le bord de la piste du stade Léo-Lagrange. Il est 18 h et il vient de terminer son entraînement journalier. Avec sa queue-de-cheval et ses tatouages, « Lulu » comme l’appellent ses amis, n’est pas un septuagénaire tout à fait comme les autres. « Je me suis tatoué des barbelés sur les jambes pour ne pas que l’on m’attrape, je suis libre », lâche-t-il avec ce sourire qui ne le quitte pas.
Depuis près de 30 ans, Lucien Chakabe parcourt le monde pour courir cette mythique distance de 42,195 km. « J’ai commencé en 1987 au marathon de Neuf-Brisach. Mais j’étais mal préparé et j’ai eu mal aux jambes pendant une semaine ! Je me suis dit que je n’en ferais plus jamais », s’amuse ce dernier.
Obstiné, « Lulu » n’a pourtant rien lâché. Année après année, il s’est entraîné et s’est perfectionné, allant jusqu’à sept participations par an. « Je n’en ai abandonné qu’un seul, celui de Nice en 1995, j’avais une déchirure musculaire. »
Fin 2016, Lucien Chakabe était en Grèce pour courir sur les traces du messager grec Philippidès, là où tout a commencé. « C’était une émotion particulière pour mon 90e marathon. Je m’étais inscrit ce chiffre dans le dos, il faisait beau et chaud, c’est un souvenir unique. » 8.160e à l’arrivée en 4 h 47. Pas là pour « battre un record » comme il le dit mais à 71 “balais” ce 13 novembre, il a terminé.
Pourtant, dans le milieu des marathoniens boulimiques, Lucien Chakabe a du souci à se faire. Avec plus de 160 marathons au compteur, Gilbert Dantzer alias « Jésus » dans le peloton (pour la croix dans le dos qu’il arbore à chaque participation), le devance largement. Mais « Lulu » ça l’amuse. Particulièrement humble, il en profite pour relativiser sa performance « C’est pour cette raison que je dis parfois que 90, ce n’est pas si conséquent… ». Et puis « Jésus » : « C’est un mec génial, on se voit régulièrement sur les courses ».
Lucien Chakabe a également acquis une formation d’entraîneur au fil des années. C’est d’ailleurs avec ses disciples devenus amis, qu’il participe à la plupart des courses. « On s’entraîne toute l’année ensemble et quand on court un marathon on s’entraide. Mais ça reste du sport. Quand l’arrivée approche on ne se fait pas de cadeau ! »
Il est heureux Lucien et ça se voit : « J’aime la vie et j’en profite tous les jours à ma façon ». À en voir sa foulée, c’est à se demander si l’homme n’a pas trouvé la fontaine de jouvence. Promis, nous lui demanderons la prochaine fois, pour le centième. Le rendez-vous est déjà pris. De toute façon : « Tant que je peux, je continuerai à courir ».
De notre correspondant, Valentin COLLIN "
Article de l'Est Républicain (janvier 2017)